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Renewable Energies
16/11/2017

Tribunes de Ludovic Deblois - Le vrai prix des énergies renouvelables

Chères ou pas chères ? Efficaces ou pas ? Il y a mille manières de juger l’évolution des énergies renouvelables. Mais quand on intègre l’ensemble des facteurs sociaux et environnementaux, on comprend que le prix à payer à court terme vaut largement le coût de l’inaction et du scepticisme.

Le 13 septembre 2017, le parc éolien terrestre français a permis de couvrir 25 % des besoins instantanés en électricité de l’Hexagone. Le 20 avril 2017, le parc solaire photovoltaïque a atteint, pour sa part, un taux de couverture de 13,3 %. Ces chiffres spectaculaires, fourni par RTE, témoignent de ce que nos sources d’Energies Renouvelables (EnR) peuvent faire en période de pointe. Ils ne reflètent en aucun cas la couverture moyenne de nos besoins par les EnR. Mais ils permettent de construire une vision de long terme des EnR.

Ce résultat symbolise toutefois dix années de développement intensif des filières EnR en France. Et cette performance n’aurait jamais été possible si quelques visionnaires n’avaient défendu une approche originale de ce qu’est le prix de l’énergie, ou plutôt de ce que devrait être le juste prix de l’énergie. Confrontés aux enjeux climatiques, dont les scientifiques nous disent qu’ils sont de plus en plus pressants, la seule manière d’approcher le sujet est celle d’un prix intégré, qui prenne en compte, dès la phase de production, l’ensemble des coûts : économiques, techniques, environnementaux, notamment. Au terme de dix années de soutien aux Enr, notamment par le biais de dispositifs de prix garantis, qui encouragent la prise de risque des investisseurs, nous récoltons de premiers fruits.

 

Le solaire photovoltaïque en hausse de 10 %

Pour apprécier la réalité quotidienne des EnR, mieux vaut jeter un coup d’œil au taux de couverture moyen des besoins en électricité. En France, selon RTE/Eco2mix, ce taux moyen pour 2017 s’établit à 2,3 % sur les dix premiers mois de l’année pour le solaire photovoltaïque et à 4,7 % pour l’éolien terrestre.

Production et couverture EnR FR RTE

Au total, le taux de couverture de l’électricité par les EnR a atteint en 2016 le niveau de 19,6 %, en incluant l’hydraulique, dont le poids demeure prépondérant pour quelques années encore. La production globale d’électricité renouvelable a cru de 6,5 % de 2015 à 2016.  Selon le Ministère Français de la Transition énergétique et solidaire, « la production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque au premier semestre 2017 est en hausse de 10 % par rapport au premier semestre 2016 », témoignant d’une franche accélération. Le décollage des investissements, partis de presque zéro en 2004-2005 est, rétrospectivement, impressionnant.

Puissance EnR France

 

A l’échelle de l’Europe, la tendance est encourageante. Dans son panorama annuel sur l’électricité d’origine renouvelable (2016), RTE souligne que, « du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, la production d’électricité renouvelable a couvert 33,8 % de la consommation dans les pays européens membres de l’ENTSO-E (European Network of Transmission System Operators for Electricity). En Norvège et en Islande, l’électricité produite par les EnR, en particulier par l’hydraulique, couvre la totalité de la consommation. Ce taux atteint 38,7 % en Espagne, 33,8 % en Allemagne et 33,4 % en Italie ». 

Production EnR et couverture UE

 

Bien entendu, la part de l’hydraulique dans les installations renouvelables reste très élevée. Bien entendu, l’intermittence des énergies renouvelables continue de constituer l’un des handicaps majeurs de la filière, tant que la question du stockage n’est pas traitée. Bien entendu, l’effort global demeure insuffisant au regard des défis énergétiques et climatiques que nous devons relever.

Primary production of energy from renewable sources 1990-2015

 

Les données Eurostat (mars 2017) donnent une idée assez claire du chemin accompli et de ce qu’il reste à faire. Selon l’organisme statistique européen, « en 2015, la part de l’énergie provenant de sources renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie a atteint 16,7% dans l’Union européenne, soit environ le double de son niveau de 2004 (8,5%), première année pour laquelle les données sont disponibles ». De 2005 à 2015, la production globale d’électricité d’origine renouvelable a cru de 70,2 %, soit à un rythme annuel de 5,5 %.

 

Objectif : 20 % d’EnR en 2020

Le cadre légal de cette progression, c’est la directive du 23 avril 2009 pour la promotion des énergies renouvelables. Celle-ci fixe le cap à 20 % de sources renouvelables dans la consommation finale d’énergie en UE pour 2020 (ainsi qu’une amélioration de l’efficacité énergétique à hauteur de 20%). Plusieurs pays tiendront l’objectif, parfois haut-la-main : Suède, Finlande, Lituanie, Autriche, Estonie, Croatie et Danemark. Les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni sont à la traîne. La France et l’Allemagne doivent intensifier leurs efforts.

A l’échelle mondiale, le même constat prévaut. Un palier semble franchi, ce qui milite pour une nouvelle phase d’accélération, notamment pour tenir les objectifs climatiques. Toutefois, l’effort d’investissement engagé depuis dix ans apparaît rétrospectivement colossal. Et, par conséquent, c’est toute la chaîne de formation des prix qui se trouve impactée : les technologies se déploient, donc leurs coûts de fabrication baissent, ce qui les rend plus accessibles. Comme les fonds sont disponibles et que les politiques évoluent favorablement, les investissements se poursuivent.

A 60-80$ le MWh, l’éolien s’affiche deux fois moins cher que le nucléaire

Les effets de ce cercle vertueux se retrouvent par exemple sur les prix des contrats à long terme collectés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), tant dans le photovoltaïque que dans l’éolien terrestre. L’agence relève ainsi une fourchette de prix allant de 60 à 80 dollars par mégawattheure (51 à 68 euros) et des planchers à 50 dollars pour l’éolien terrestre, soit autour de 43 euros le MWh. En France, l’ADEME observe une fourchette de prix allant de 57 à 91 euros, en fonction des conditions d’exploitation.

A ce rythme-là, la filière nucléaire peut se faire du souci. La centrale d’Hinkley Point au Royaume-Uni doit entrer en service en 2025. Pour celle-ci, l’électricien français EDF a négocié un prix garanti sur trente-cinq ans de 92,5 livres sterling, soit 116 euros. Deux fois plus élevé que le tarif moyen anticipé part l’AIE pour l’éolien dans les prochaines années au niveau mondial.

 

Le prix à payer, les bénéfices à recevoir

Les discours conservateurs selon lesquels le prix reste le principal obstacle au développement des énergies renouvelables ne tient, manifestement, pas la route. A terme, tout pousse même à penser que l’effort – bien réel – consenti pour le développement de la filière produira des dividendes conséquent, monétaires et non monétaires.

 

De nombreux groupes de chercheurs et d’experts proposent, depuis quelques années, des scenarii réalistes de conversion massive de nos économies à l’écologie, donc d’adoption massive des énergies renouvelables. En France, l’association négaWatt joue un rôle d’éclaireur sur ces sujets et ne manque d’ailleurs pas de rendre hommage à des initiatives cousines, preuve que les temps ont radicalement changé.

 

Ce que souligne négaWatt dans son scénario 2017-2050, c’est que le prix – significatif – à payer pour la transition énergétique vaut largement le coût et le coup. NégaWatt propose de mobiliser, à l’échelle de la France, l’équivalent de 6 mois de PIB pour atteindre un parc de 18 000 éoliennes – trois fois plus qu’aujourd’hui – et pour multiplier la surface solaire photovoltaïque par 20, d’ici à 2050. NégaWatt couple cet effort à un travail conséquent de sobriété énergétique. Le tout permet d’économiser, en une trentaine d’années, 1 130 milliards d’euros sur la facture énergétique du pays : autant d’argent fixé sur le territoire national, au bénéfice des économies locales. Avec, à la clé, une authentique autonomie énergétique, 380 000 emplois nets créés. Et une France zéro carbone.