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22/12/2016

Sunpartner à l'ère industrielle

À la faveur d’un accord avec Vinci construction, la PME change de modèle économique et va produire à Rousset

C’est sans conteste l’une des pépites des nouvelles technologies aixoises. Après avoir enchaîné les levées de fonds auprès des investisseurs, c’est cette fois son modèle économique lui-même que Sunpartner est en train de révolutionner. Créée en 2008 à Lambesc, la société ambitionnait, à l’origine, de développer sa technologie de membrane solaire translucide Wysips pour l’amener à la phase préindustrielle et vivre ensuite des droits de ses brevets.

Ce modèle vaut toujours. Mais pour une partie seulement des activités de l’entreprise. Celles qui concernent l’équipement des écrans de tablettes ou smartphones de la membrane solaire Wysips, qui permet donc une recharge partielle du terminal mobile. « Parce qu’on ne va pas réinventer la filière des consommables électroniques », note simplement Ludovic Deblois, le PDG de Sunpartner, 65 salariés.

En revanche, il entend bien développer en propre et commercialiser la technologie Wyspis Reflect, pensée pour autonomiser les montres connectées, un marché encore en devenir. « On est en discussion avec une dizaine de fabricants de montres pour du codéveloppement, poursuit Ludovic Deblois. On est notamment avancé avec Vector Watch et on va produire les mille premiers composants sur notre ligne de Rousset (hébergée chez STMicro, Ndlr). » Si la sauce Wysips Reflect prend au niveau mondial, le gros de la production se fera en Chine.

Mais la grosse affaire du moment, chez Sunpartner, c’est l’accord de coentreprise signé avec l’un des géants du BTP, le Français Vinci construction. L’objet du partenariat : le développement d’un produit historique de la société, Wysips Vision Glass et de la technologie connexe Wysips Design Glass, tombée dans l’escarcelle de Sunpartner à la faveur de la liquidation d’une autre PME roussetaine, la société Nexcis (dont Sunpartner a également repris les locaux et la ligne de production).

La société investit 8 millions d’euros pour lancer sa chaîne de production roussetaine

Les deux systèmes sont complémentaires. D’une part, Vision Glass permet de créer des vitres productrices d’énergie, une donnée prépondérante quand les nouvelles réglementations tendent de plus en plus à imposer la construction de bâtiments autonomes en énergie. Or, « au-delà de trois étages, le panneau solaire de toit ne suffit plus à atteindre cet objectif », note Deblois.. D’autre part, Design Glass rend possible l’intégration de n’importe quel motif au vitrage, « pour répondre aux besoins de signatures design des architectes », précise Ludovic Deblois.

Sunpartner n’entend toutefois pas se lancer dans la construction des panneaux photovoltaïques eux-mêmes, industrie lourde et fortement concurrentielle. Elle va se concentrer sur leur adaptation aux besoins technologiques des nouveaux bâtiments (vitres autonomes, opacifiables, connectées à un réseau domotique…).

La société investit 8 millions d’euros pour lancer sa chaîne de production roussetaine, laquelle permettra de produire 30 000 m² de vitres d’ici la fin juillet, 150 000 m² fin 2018, « pour atteindre, à terme, les 300 000 m² ». D’autres usines seraient créées au Moyen-Orient, en Asie, aux États-Unis pour les autres marchés mondiaux mais Rousset devrait rester le site de production de Wysips Glass pour l’Europe. Une bonne nouvelle pour le bassin d’emploi de la zone industrielle de Rousset, sévèrement secoué ces dernières années, par la liquidation de Nexcis (80 salariés sur le carreau en début d’année) et surtout, en décembre 2013, de LFoundry (600 emplois). « On va recruter quarante-cinq personnes l’an prochain et on prévoit d’en faire autant en 2018 », annonce Ludovic Deblois.

La galaxie des déclinaisons Wysips

Crystal : un film photovoltaïque transparent intégré à l’écran d’une tablette ou d’un téléphone. Il permet de recharger assez le terminal pour rendre neutre la conso d’énergie de l’écran. La PME travaille aussi avec Kyocera, fabricant de smartphones outdoor (téléphones de chantier, sports extrêmes…). L’idée : recharger au soleil un téléphone déchargé pour sauver un appel d’urgence.

Reflect : technologie développée pour renforcer l’autonomie des montres connectées.

Graphics : technique de camouflage graphique d’un panneau solaire traditionnel pour pouvoir designer un produit. Première application commerciale : la liseuse électronique Bookeen (photo), rendu autonome en énergie par une coque Wysips.

Camaleon : possibilité de poser une image, une dalle de couleur…, sur un panneau solaire sans perdre plus de 15 % de son rendement.

Vision Glass et Design Glass : vitres productrices d’énergie, opacifiantes, le tout dans le design graphique choisit par l’architecte ou l’ingénieur. Ces technologies, d’abord conçues pour le secteur du bâtiment, trouvent déjà des déclinaisons dans la conception de hublot d’avion opacifiant (alternative automatique et sans câblage au traditionnel volet manuel). Les industries automobile (notamment des équipementiers allemands) et ferroviaire sont également intéressées.

D’un géant du Cac 40 à l’aventure de la PME

Ex-senior vice-président de Schneider Electric, Barthold Veenendal a décidé de quitter les salons feutrés du Cac 40 pour l’aventure de la PME. Ce Néerlandais polyglotte (il parle cinq langues) vient de rejoindre Sunpartner, prenant en charge le développement international des produits de Sunpartner. « Grande ou petite, ce qui m’intéresse dans une société, c’est de savoir si elle a une vision, si elle propose des solutions vraiment innovantes et qui répondent à des vrais besoins », explique-t-il. Les bâtiments ou consommables à énergie positive, il y croit : « J’étais récemment à la Cop 22 (à Marrakech en novembre dernier, Ndlr) : quand vous parlez à la génération des 20-30 ans, vous réalisez vite qu’ils ont parfaitement intégré que le monde ne peut pas continuer comme ça en matière de consommation d’énergie. »

Guénaël Lemouee
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