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11/07/2017

Tribunes de Ludovic Deblois – La rénovation thermique des bâtiments

Les maisons et immeubles dans lesquels nous vivons, les bureaux dans lesquels nous travaillons, les bâtiments publics que nous fréquentons, vivent une métamorphose. L’immobilier de demain n’aura plus grand chose à voir avec ce que nous connaissons. Car les bâtiments sont au cœur d’une révolution énergétique à triple détente : l’autoconsommation, la rénovation thermique et le bâtiment à énergie positive. Voici le troisième et dernier volet de notre exploration : la rénovation thermique.

En Europe, le secteur du bâtiment est le principal consommateur d’énergie. Il représente à lui seul 40% de cette consommation totale et 36% des émissions de gaz à effet de serre, selon l’Union européenne. Pour relever le défi climatique, et donc pour réussir la nécessaire transition énergétique, nos lieux de vie et de travail constituent à l’évidence une priorité d’action.

La tâche est plus aisée pour les bâtiments neufs. Les techniques et technologies existent. L’Union européenne et les États-membres ont cadré les objectifs et les pratiques.

Accélérer la transition

Mais l’essentiel du travail porte sur les bâtiments anciens. Or, ce parc se renouvelle lentement : les rénovations touchent en moyenne 1% de la surface construite chaque année. Petit calcul : il faudrait donc, à très grands traits, un siècle pour rénover ce parc. Or le « facteur 4 », qui consiste à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays industrialisés comme la France, est fixé à l’horizon 2050… De plus, le ministre français Nicolas Hulot vient de relever cet objectif en le portant en 2050 à la « neutralité carbone ». En clair, la France veut s’engager à supprimer totalement ses émissions nettes de gaz à effet de serre en 2050. De son côté l’Union européenne a fixé à ses États membres un objectif de réduction de 88 à 91% des émissions de GES dans le bâtiment d’ici à 2050, par rapport à 1990.

Le secteur a donc besoin d’un grand coup d’accélérateur. Selon le Buildings Performance Institute Europe (BPIE), « afin d’atteindre l’objectif ultime de transformation du secteur du bâtiment existant en un secteur durable d’ici 2050, les taux de rénovation doivent passer du taux actuel d’environ 1% de la surface totale de plancher rénovée par an à environ 3% à partir de 2020 ».

335 millions de mètres carrés « publics » à rénover

À titre d’illustration, le potentiel de rénovation dans les bâtiments publics français laisse songeur. « Eternelle oubliée des politiques publiques, la rénovation des bâtiments publics est un enjeu essentiel de la transition énergétique, note l’économiste Alain GrandjeanLe parc en jeu est important et peu performant : 335 millions de mètres carrés affichant une consommation énergétique totale estimée à 70 TWh et émettant 12 millions de tonnes de CO2. De nombreux fonctionnaires travaillent dans des conditions indécentes et les charges d’énergie représentent un gaspillage inconsidéré dans la période actuelle ».

La plupart des pays européens ont mis en place des stratégies pour y parvenir, dans le prolongement de l’article 4 de la directive de 2012 sur l’efficacité énergétique des bâtiments. Le BPIE a passé ces stratégies au scanner en 2014 et 2015, ce qui a permis d’établir un classement des pays les plus et les moins dynamiques. En tête, la Roumanie, le Royaume Uni, l’Espagne et la République Tchèque. L’Autriche ferme la marche. La France, l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas se situent autour de la moyenne, en milieu de peloton.

Le chemin à parcourir est encore long, comme en témoignent de nombreuses résistances. En France, par exemple, un décret consacré à la rénovation thermique était attendu depuis plusieurs années. Il a enfin été publié le 10 mai 2017. Et puis patatras, voilà que ce texte fait l’objet d’un recours de la part des professionnels du commerce et de l’hôtellerie. Les arguments ? Trop cher, pas assez de temps pour s’adapter. À vrai dire, les maires de France, via leur association (AMF) se montraient aussi inquiets de l’ambition et des délais demandés, tant ils manquent de moyens. De fait, le conseil d’Etat a donné suite aux plaignants et décidé de temporiser en suspendant le décret pourtant attendu depuis 7 ans.

La rénovation, ça paie

Gageons pourtant que ces péripéties ne changeront pas la tendance de fond. Car ce que propose le texte, pour les bâtiments à usage tertiaire d’une surface supérieure à 2000 m², c’est une baisse de 25% des consommations d’énergie d’ici à 2030, baisse portée à 60% d’ici à 2050. Des actions de sensibilisation des occupants des bâtiments à l’attention de leur personnel seront également demandées. Le dispositif concerne les bâtiments de bureaux, administratifs ou d’enseignement, les hôtels et commerces. Les professionnels estiment l’effort d’investissement à 4,1 milliards d’euros pour le secteur public et 3,5 pour les entreprises. Mais ils soulignent aussi qu’il faut y voir un investissement, et non un « simple » coût. Il y a bien, à la clé, une rentabilité, à 10 ans pour le public et à un peu plus de 5 ans pour les entreprises.

En France, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a présenté un Plan climat confirmant ce cadre. Il défend lui aussi l’idée de voir cette dynamique comme un investissement et non un coût.

France, Allemagne, Italie bien placés

De toute évidence, la France, mais aussi l’Allemagne et l’Italie ont une carte majeure à jouer avec la rénovation thermique des bâtiments. Les effectifs dans le secteur de la construction totalisent près de 5 millions d’emplois pour ces trois pays, soit plus de 40% de l’emploi du total européen. En France, le bâtiment représente plus de 10% de l’emploi global, hors secteur financier, rappelle la Coalition France pour l’Efficacité énergétique (CFEE).

Par ailleurs, la CFEE souligne que la valeur ajoutée du secteur, loin de provenir exclusivement de la construction neuve, découle également des travaux de rénovation.

Une étude menée à l’initiative du BPIE (« Buildings modernisation strategy: Roadmap 2050 ») liste quant à elle l’ensemble des retombées attendues des investissements dans la rénovation thermique. Les chiffres de ce travail sont plus qu’explicites. En Pologne, les économies d’énergie pourraient se chiffrer jusqu’à 26% en 2030 grâce à un programme de rénovation thermique.

Bon pour les budgets publics

Le BPIE cite également l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), selon laquelle les bénéfices économiques tirés de la rénovation thermique se chiffrent à 1,5 fois le montant des économies d’énergie réalisées. Autre exemple : en République Tchèque, un investissement de 780 millions d’euros dans les maisons passives a permis de créer 19000 nouveaux emplois, tout en générant 2,47 euros de recettes pour l’Etat, pour chaque euro investi.

En Allemagne, un investissement d’1,4 milliard d’euros dans la rénovation thermique de sites industriels et dans la construction de maisons passives aurait généré un retour de 7,2 milliards d’euros pour le budget public. En Pologne, la Polish Foundation for Energy Efficiency estime qu’un plan national d’économie d’énergie dans le bâtiment peut entraîner la création de 84000 à 250000 emplois dans le secteur de la construction d’ici à 2020.

Les bénéfices de la rénovation thermique dépassent, bien entendu, très largement la seule question économique. Elle permet également de réduire la précarité énergétique, situation caractérisée par une dépense de 10 à 20% du budget d’un ménage pour se chauffer (ou se climatiser, l’été). Elle participe également de l’amélioration de la qualité de l’air intérieur et contribue à la lutte contre les dérèglements climatiques. Le cadre réglementaire est prêt, les technologies le sont aussi. Manquent encore les stimuli financiers pour lancer la machine. Nous n’en sommes plus très loin en France et dans la plupart des pays.