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14/05/2017

Tribunes de Ludovic Deblois - Photovoltaïque, le meilleur est à venir en France

Le développement des installations solaires électriques est vigoureux, en France et dans le monde. Après des années difficiles, la filière française retrouve la confiance en l’avenir. Voici pourquoi.

Sommes-nous à un point d’inflexion ? Alors que l’administration Trump aux États-Unis s’apprête à enclencher une grande régression sur les questions d’environnement et de changement climatique, les manifestations d’un changement de cap en termes d’énergie se multiplient. Les grands bénéficiaires de cette inflexion sont les secteurs de l’éolien et du solaire.

La crise longue et brutale du solaire photovoltaïque semble appartenir à l’histoire. En France, le parc solaire installé affichait en cumul 7,1 GW de puissance (hors DOM), à la fin 2016. L’Hexagone se situe en avance sur les objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement : initialement, 5,4 GW pour 2020. Le rythme est soutenu. Selon le Syndicat des énergies renouvelables(SER), la France peut envisager un parc installé de 10 Gigawatts à la fin 2018, et de 18 à 20 Gigawatts à la fin 2023.

Selon Enerplan, il y aurait ainsi “ à la clé au moins 10 000 emplois supplémentaires d’ici 2023 par rapport à 2016 “, la filière atteignant plus de 21 000 emplois en France. “ Le scénario ambitieux (…) permettrait d’augmenter la création d’emplois à 16 000 emplois supplémentaires d’ici 2023 “.

Point non négligeable, “ ce déploiement de la filière est aussi synonyme de bénéfices environnementaux significatifs (plus de 5 millions de tonnes de CO2 évitées / an en 2023), ainsi que de retombées fiscales importantes versées aux collectivités (183 M€/an) “, ajoute Enerplan.

Frémissement ou rebond ?

Dans le monde, 63 Gigawatts de puissance ont été installés en 2016, d’après les données provisoires fournies par le SER. Ce chiffre témoigne d’une forte croissance par rapport à 2015 (+29%). Le parc mondial installé avoisine 288 GW et pourrait atteindre, selon l’agence international de l’énergie (AIE), 547 à 654 GW en 2021. Ce serait une multiplication par un facteur de 2 à 3 en six ans. En 2015, le photovoltaïque se hissait au second rang — derrière l’éolien — des capacités de production électriques nouvellement mises en service, en France, en Europe et aux États-Unis. Le rebond est clair et incontestable.

Qui tire profit de la situation ? Dans le détail, la Chine se hisse à la première place de la puissance installée en cumul (43,2 GW en crête), ravissant ainsi la position historique de l’Allemagne. L’Empire du milieu vise le chiffre vertigineux de 140 GW de puissance installée au tournant de 2020. Le Japon, Les États-Unis et l’Inde demeurent également des marchés dynamiques et prometteurs. L’Union européenne conserve bien la médaille symbolique de la plus importante puissance installée cumulée — près de 95 GW et une “ cible “ à 120 GW autour de l’année 2020. Le Royaume Uni s’y impose comme le marché le plus dynamique, devant l’Allemagne et la France. Mais en réalité, les prévisions demeurent prudentes pour l’Union.

La compétitivité ça change la vie

Car si les plaies des années 2010 à 2014, semblent avoir cicatrisé, le coup fut rude. Le prix des panneaux solaires avait alors chuté de 80 % sous la pression de la surproduction mondiale, largement alimentée par les acteurs chinois du secteur. Les coûts de revient électriques restant élevés (supérieurs, alors, à 220€ le MWh), de nombreux projets avaient été abandonnés, dans le contexte de crise économique brutale et de pression sur les budgets des États, donc sur les tarifs de rachat. Plusieurs fabricants de poids avaient été mis au tapis : Q-cells en Allemagne, Suntech en Chine, Photowatt en France. L’Hexagone a payé très cher cet épisode : le nombre d’emplois directs dans la filière photovoltaïque a quasiment été divisé par quatre, de 32 500 employés en 2010 à 8 227 en 2015, selon le SER.

Mais les choses évoluent de nouveau favorablement. Fait marquant de ces dernières années, nous sommes entrés dans l’ère de la compétitivité de l’électricité photovoltaïque. Selon France Territoire Solaire, le coût de revient de l’électricité photovoltaïque se situe entre 70 et 100€ par MWh, pour les centrales au sol, quand celui du nucléaire français oscille entre 42 et 59,8€ par MWh.

Pour sa part, le SER estime que le kilowattheure produit par le photovoltaïque au sol est passé de 0,30 €/kwh en 2006 à 0,07 €/kwh en 2016 et que cette baisse du prix du kilowattheure peut se poursuivre jusqu’à 59 % supplémentaires d’ici à 2025.

Bye-bye les subventions

Au plan mondial, l’Agence internationale de l’énergie relève des contrats de long terme pour l’approvisionnement en électricité photovoltaïque, signés à des prix bas “ record “. “ La baisse du coût des installations photovoltaïques entraîne une baisse significative du coût de production (LCOE) de l’électricité d’origine photovoltaïque, qui approche (ou qui atteint) la parité réseau dans certains pays, souligne pour sa part l’ADEMECette augmentation de la compétitivité de l’électricité d’origine photovoltaïque entraîne l’apparition de nouveaux schémas de valorisation (autoconsommation, vente sur le marché, etc.)” . L’Ademe estime même qu’un modèle de développement sans subvention deviendra envisageable pour la filière dès 2020 en France. Ces bonnes nouvelles augurent d’un développement de long terme pour la filière.

Tout est à construire

Bien entendu, l’histoire du photovoltaïque reste encore largement à construire et les difficultés ne manqueront pas. Mais l’Accord de Paris sur la climat (décembre 2015) mettra du vent dans les voiles de la filière. En France la part des énergies renouvelables dans la production énergétique s’élève, à ce stade, “ seulement “ à 14,9 % en 2015. Le jalon initial à cette date avait été fixé à 17 %. Ce dernier correspondait au chemin à suivre pour atteindre le niveau de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie en 2020, fixé par l’Union européenne. En 2015, le solaire — électrique et chaleur — a contribué pour 0,7 million de Tep (tonnes équivalent pétrole) au bilan des énergies renouvelables hexagonales (23 Mtep). Dans le monde, les énergies renouvelables couvrent 2,7 % de la consommation énergétique primaire en 2015. Le photovoltaïque représente plus ou moins 0,7 % de cette dernière.

Les Français parient sur l’innovation

Dans le secteur de la production d’équipements, la donne n’a pas changé. La Chine continue d’affirmer son hégémonie sur le marché, dont elle détient bon an mal an 90 % des parts. Or, elle montre toujours des signes de surcapacité de production. Voilà qui qui risque de maintenir une pression forte sur les acteurs mondiaux du secteur, ainsi que sur les prix…

Pour exister dans ce contexte, des fabricants français ont choisi d’emprunter la seule voie praticable : celle de l’innovation. “L’avance technologique des acteurs français est (…) notable sur plusieurs segments technologiques, souligne l’Ademe Les équipements de wafer silicium (ex : ECM), les cellules haut rendement silicium (ex : Photowatt / Sunpower), (…) les cellules et modules CPV (ex : Soitec/Heliotrop), les trackers (ex : Exosun), les structures intégrées (ex : IRFTS) ou encore les logiciels de flexibilité réseau (ex : Alstom Grid / Energy Pool) “.

De son côté, le CEA Liten mène des recherches de pointe sur le silicium cristallin, utilisé dans la composition des cellules photovoltaïques, afin d’en réduire les coûts de fabrication et d’en augmenter le rendement énergétique de la cellule. L’entreprise Armor, enfin, a investi près de 40 millions d’euros dans une technologie de films organiques photovoltaïques (Beautiful Light Project). En aval de la filière, plusieurs acteurs français poursuivent leur déploiement, soit en indépendants (Fonroche, Akuo Energy), soit au sein de grands groupes (Solaire Direct, absorbé par Engie).

Dans ce contexte, la ministre Ségolène Royal a d’ailleurs lancé un appel d’offres de 210 MW sur le développement de technologies innovantes.

Bâtiments solaires, autoconsommation

Le développement des bâtiments à énergie positive devrait également agir comme un levier de développement pour la filière et ce, d’autant que le résidentiel et le tertiaire représentent à eux seuls 69% de la consommation finale d’électricité en 2015. Le BIPV, c’est-à-dire le solaire intégré au bâti, peut aider ces derniers à tendre vers l’équilibre énergétique, voire à produire davantage d’énergie qu’ils n’en consomment. Ce marché est promis à un grand avenir : certaines estimations l’envisagent à 26 milliards de dollars en 2022. Ce qui vaut pour le bâtiment, vaudra également pour les transports : les fenêtres intelligentes et autonomes pourront ainsi alimenter des véhicules connectés en énergie solaire.

La plupart des centres commerciaux en construction ou en rénovation intègrent désormais cette logique. Un exemple parmi d’autres : le centre commercial du Grand Pineuilh (Gironde) envisage une production annuelle de 570 Mwh d’électricité solaire, produite grâce à des panneaux posés sur des ombrières, et destinée à 99 % à l’autoconsommation.

La révolution numérique de l’énergie

L’autoconsommation représente, justement, la prochaine rupture pour la filière. Techniquement possible depuis quelques mois en France, elle est appelée à se développer dès 2017. Pour en pérenniser le modèle économique, le ministère français de l’Environnement vient de lancer un appel d’offres de 150 MW par an sur 3 ans, pour les installations de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables en autoconsommation. En Allemagne, 50 000 logements bénéficient déjà de l’autoconsommation, et sont donc équipés à cette fin. Ce chiffre devrait doubler dans les prochaines années. En France, pour les installations photovoltaïques sur bâtiment, les progrès de compétitivité devraient faire décoller le marché de l’autoconsommation dans les segments de marché permettant un taux d’autoconsommation très élevé “, relève Enerplan.

“ À travers des applications centralisées ou décentralisées, en injection directe sur le réseau ou en autoconsommation, avec l’émergence des bâtiments et territoires à énergie positive, le solaire photovoltaïque (…) va être amené à s’insérer pour longtemps dans notre environnement immédiat. Il va le faire aux côtés des réseaux intelligents, des solutions de stockage, dont le coût ne cesse de baisser, des véhicules électriques, et des technologies de l’information et de la communication, pour constituer le cœur de ce qu’il convient d’appeler la révolution numérique de l’énergie “, prévoit le Syndicat des énergies renouvelables.

Du solaire plein les barils

Faut-il une dernière preuve de l’avenir du solaire, redevenu désirable ? En voici une : les industries pétrolières elles-mêmes sont à la manœuvre. Ces derniers jours, c’est Ben van Beurden, le directeur général de Royal Dutch Shell, qui a annoncé que sa compagnie porterait à un milliard de dollars annuels (800 millions de £) ses investissements dans les énergies renouvelables. C’est encore peu au regard des investissements globaux de l’entreprise (25 milliards de $ annuels). Mais cela confirme le mouvement progressif du secteur.

Total investirait annuellement 500 millions de dollars par an dans le secteur solaire, dont il a pris le contrôle d’un acteur majeur en 2011 : SunPower. Sans pour autant quitter le terrain de l’or noir, l’Italien ENI investit lui aussi significativement dans les énergies renouvelables, tout particulièrement dans le solaire. Le groupe gazier français Engie avait pour sa part racheté Solaire Direct en 2015.

Incontestablement, la filière se structure pour aborder de longues années de développement.