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18/09/2017

Tribunes de Ludovic Deblois - Le boom des énergies renouvelables citoyennes et collaboratives

De plus en plus de citoyens consacrent une fraction de leurs économies au financement de projets d’énergies renouvelables. Quand l’économie collaborative rencontre la transition énergétique, tout le monde y gagne.

Tout commence un beau jour, où l’on se dit que le toit de la maison pourrait être utilisé intelligemment, en y installant quelques panneaux solaires. En Allemagne, comme dans de nombreux pays, c’est à la faveur de l’EnergieWende — la transition énergétique qui intègre la sortie du nucléaire — que de nombreux particuliers se sont lancés dans l’aventure des énergies renouvelables.

Certains ont installé des panneaux photovoltaïques sur leur toit, devenant ainsi des micro-fournisseurs, pour le réseau ou pour eux-mêmes. D’autres ont poussé l’idée un peu plus loin, et groupé leurs forces pour cofinancer des projets de plus grande envergure. Ces derniers représentant des niveaux d’investissements inaccessibles à la plupart des individus. Ces projets solaires ou éoliens ont pour la plupart été montés à l’échelle des territoires.

Une équipe de chercheurs de la Leuphana University (Lüneburg, Allemagne) et du groupe Trend Research a essayé de définir ce qu’était la participation citoyenne dans les énergies renouvelables. Ces têtes pensantes livrent tout d’abord une définition stricte, désignant les particuliers et/ou les agriculteurs qui installent des panneaux photovoltaïques sur le toit de leur maison ou de leur installation agricole, ainsi que les coopératives locales et régionales de production d’énergie.

 

Citoyenneté énergétique « élargie »

Ils proposent ensuite une définition plus large, selon laquelle la participation citoyenne comprend aussi les investissements des particuliers dans les installations interrégionales, voire dans des structures qui prennent des participations minoritaires aux côtés de collectivités locales, d’institutions publiques de crédit ou dans des activités publiques de fourniture d’énergie.

En s’appuyant sur cette définition, les chercheurs aboutissent à des chiffres éloquents, même s’ils datent un peu. En 2012, la capacité totale de production d’énergie renouvelable installée en Allemagne atteignait 72,9 gigawatts (GW) de puissance. Or, 46% de ces capacités étaient détenues par les citoyens (au sens élargi de la définition donnée plus haut). C’est considérable. Les investisseurs institutionnels se hissaient en seconde position, détenant 41% des capacités installées. Enfin, l’industrie de l’énergie détenait les 12,5% restants (graphique ci-dessous).

Dans le détail, toujours selon les chercheurs, près de la moitié des installations de biogaz et solaires allemandes seraient détenues directement ou indirectement par des citoyens, ainsi que la moitié des installations éoliennes.

Le site Clean Energy Wire observe que le soutien large — 60 à 90% de la population selon les périodes — apporté par la population allemande à l’EnergieWende s’explique en partie par cette forte implication de l’épargne de M. et Mme Toutlemonde dans les énergies renouvelables. Engagés financièrement dans l’affaire, les Allemands tirent certainement une grande fierté de participer à cette transition et retirent encore plus certainement quelques espèces sonnantes et trébuchantes d’une épargne ainsi placée à long terme. Et ce, pratiquement sans aucun risque, et avec des rendements d’autant plus appréciables que les prix de rachat de l’électricité sont garantis dans le cadre de contrats de longue durée (20 ans). C’est dans ce contexte que la part des renouvelables dans la consommation électrique allemande est passée de 7% en 1990 à 27% en 2014.

 

France, Pays-Bas, UK, Etats-Unis, Afrique…

Bien entendu, l’Allemagne n’est pas seule dans l’aventure. En France par exemple, la dynamique de financement des énergies renouvelables par des citoyens est également remarquable. L’un des acteurs les plus actifs est le mouvement « Energie Partagée », structuré autour d’une association de promotion des énergies renouvelables et d’une société d’investissement. Cette dernière lève des fonds régulièrement auprès de citoyens de tout le territoire français et/ou des territoires porteurs de projets d’installation d’énergies renouvelables qu’elle finance : éolien, photovoltaïque, biomasse, solaire.

« L’adossement aux contrats de vente de l’énergie à prix fixé sur 15 à 20 ans offre une stabilité économique », souligne Energie Partagée Investissement, qui revendique 4785 actionnaires citoyens. La structure s’est associée depuis quelques mois avec la plate-forme de financement participatif 1001pact, spécialisée dans le crowdequity (financement participatif actionnarial). Elle y a notamment levé 13,2 M€ au premier semestre 2017.

Au moins 33 plateformes de crowdfunding en Europe

Le média spécialisé GreenUnivers recense chaque année les projets français d’EnR financés via 13 plates-formes de crowdfunding. GreenUnivers rappelle que quatre plate-formes sont même exclusivement dédiées aux EnR : Lendosphere, Lumo, Enerfip et AkuoCoop. Selon Greenunivers, 11,5 M€ ont été collectés en 2016 sur les plates-formes actives. Dans la totalité des cas, il s’agit cette fois de prêts (et non de capital). L’éolien représente plus de la moitié des montants levés, devant le solaire (36,7%). L’hydraulique (3,04%) et la biomasse (0,68%) viennent loin derrière.

En Grande-Bretagne c’est Abundance qui donne un nouveau souffle au financement citoyen des EnR. La plateforme a permis de lever près de 54 millions de livres à ce jour. Le mouvement est si puissant, que l’Union européenne a décidé d’apporter sa contribution, sous la forme d’un portail internet dédié au financement participatif de projets d’énergie renouvelables. Le portail CitizenEnergy agrège ainsi 33 plateformes à ce jour, dont le sérieux a été validé.

 

Investir ici, mais aussi là-bas

Plusieurs acteurs du secteur ont eux-mêmes décidé de travailler ensemble au sein du projet européen CrowdFundRES. Grâce à cette initiative, des projets transfrontaliers ont d’ailleurs pu être financés. Le parc solaire de Toreilles (France) a ainsi bénéficié de l’investissement conjoint de 480 citoyens français et néerlandais, par l’intermédiaire des plateformes Lumo (France) et Oneplanetcrowd (Pays-Bas).

La plateforme Trine, quant à elle, permet à des citoyens européens de financer des projets vitaux d’électrification en Afrique, avec une mise de fonds de départ très accessible : 25 euros. Un peu moins de deux millions d’euros ont été investis à ce jour, offrant ainsi un accès à l’électricité solaire pour 170 000 personnes sur le continent africain.

Si l’on élargit la focale, la chercheuse italienne Chiara Candelise, elle-même dirigeante de la plateforme Ecomill, a proposé en 2016 une photographie du secteur à l’échelle mondiale. Les chiffres donnent le vertige : 29 plateformes en activité, 13 en cours de montage et… 390 projets plus ou moins avancés.

Et la politique dans tout ça ?

Selon trois chercheurs qui ont travaillé sur le cas néerlandais, l’intérêt du développement du crowdfunding pour les énergies renouvelables tient entre autre à ce qu’il démontre l’engagement de la société civile aux élus. Une manière, disent-ils, d’encourager le politique à davantage d’ardeur sur le thème de la transition énergétique. Ce mouvement est aussi une invitation à imaginer des incitations encore plus fortes pour l’investissement citoyen dans les EnR, estiment les trois chercheurs (Vasileiadou, Huijben, Raven).

L’engagement des citoyens sous toutes ses formes, via le crowdfunding ou non, a surtout permis de rebattre les cartes d’un marché de l’énergie dominé jusque-là par de vieilles structures, insiste pour sa part Heinrich Degenhart, de l’université de Lüneburg. Avec les citoyens, le marché est passé d’une situation de quasi-monopole à celle de multipole, dit-il.

Autoconsommation et blockchain : les futures révolutions citoyennes ?

D’où viendra la révolution suivante ? Côté utilisateur-producteur, on attend beaucoup de l’autoconsommation, qui ne fait que germer (lien vers la tribune autoconso). Côté financement, il est intéressant de relever que la révolution du financement participatif est en train de croiser celle de la blockchain, avec par exemple la naissance du SolarCoin. Cette monnaie virtuelle est reversée aux producteurs d’énergie renouvelable à raison d’un SolarCoin par mégawattheure produit.

Comme le souligne Chiara Candelise, le mouvement du financement participatif dans les énergies renouvelables a souvent démarré autour de groupes de militants. Puis, grâce aux plateformes numériques, il s’est ouvert en facilitant l’accès de citoyens engagés à l’investissement, dans des montants raisonnables. Désormais, ce sont les acteurs industriels historiques, le monde financier traditionnel et le grand public qui s’apprêtent à entrer dans la danse.

Cette mise à disposition massive d’épargne privée permettra certainement d’accélérer le mouvement de décentralisation de la production, au plus près des citoyens. Avec, à la clé, des coûts de production tendancieusement à la baisse, des créations d’emplois. En définitive, et sans mauvais jeu de mot, l’énergie redonne de la puissance aux citoyens.