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Solar car
05/04/2017

Tribunes de Ludovic Deblois - De l’automobile électrique à l’automobile solaire

L’électrification du marché automobile est en route, soutenue par l’Accord de Paris sur le climat et par la décision de plusieurs pays de bannir les moteurs thermiques dans les 10 à 15 prochaines années. Côté technologie, le solaire se fraye un passage et pourrait apporter une contribution significative à l’autonomie des véhicules.

« Il n’y a pas de débat : le monde va devenir électrique (…) La question n’est pas celle de l’objectif, mais celle du tempo ». Ces mots de Mary Nichols, la présidente du Air Resources Board de Californie, citée par Reuters, ne suffiront peut-être pas à balayer les commentaires des sceptiques. Ces derniers auront beau jeu de rappeler le flop de la voiture électrique dans les années 80. Pourtant, si l’on ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur, tout porte à penser que l’horizon est dégagé pour une renaissance du secteur… Ou pour sa vraie naissance.

La fusée électrique est sur le pas-de-tir

De quelques centaines en 2010, les ventes de véhicules électriques sont passées à près de 800 000 en 2016. Pour la première fois, à la fin de l’année 2015, le parc automobile électrique mondial a dépassé la barre symbolique du million d’unités : 1,26 million selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), deux fois plus qu’en 2014.

Selon l’Alliance pour les véhicules à zéro émission (ZEV), le second million a été atteint dès le mois de janvier 2017. Et les prévisions pour les années à venir dessinent clairement la trajectoire d’une fusée en plein décollage.

Le Global Electric Outlook 2016 situe le parc installé quelque part entre 12 et 20 millions d’unités en 2020. Celui-ci poursuivrait sur sa lancée fulgurante, pour atteindre 40 à 60 millions d’unités en 2025 et dépasser les 100 millions en 2030 (jusqu’à 140 millions).

Inutile d’ergoter sur les estimations. Cette fois, le coup est parti : le marché s’annonce prometteur. Et il existe de bonnes raisons de penser que la trajectoire ne faiblira pas.

La « Zero Emission Vehicle Initiative »

Côté offre, tous les acteurs sont au rendez-vous de l’électrification : les institutions internationales, les États, les constructeurs traditionnels, les « disrupteurs ». Il faut remonter quelques mois en arrière, à la COP21 et à l’Accord de Paris pour comprendre ce qui se joue ici. Sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), quatre gouvernements nationaux (la Norvège, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas), ainsi que dix gouvernements locaux (Colombie britannique, Californie, Connecticut, Maryland, Massachusetts, New York, Oregon, Rhode Island, Vermont, soit neuf États américains, auxquels s’ajoute le Québec), ont signé une initiative visant à éradiquer les véhicules thermiques au plus tard en 2050. La Zero Emission Vehicle Alliance veut envoyer la voiture à papa à la casse, pour la remplacer, au choix, par de l’électrique, de l’hybride rechargeable, ou de l’hydrogène. Signalons également le rôle joué par l’EVI(The Electric Vehicles Initiative). Ce forum placé, lui, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), rassemble les ministres de l’énergie des principales économies mondiales : Canada, Chine, France, Allemagne, Inde, Japon, Corée, USA, Royaume Uni, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède et Afrique du Sud.

L’horizon électrique : 2025 ou 2030

Le cas de la Norvège est intéressant. Ce pays, qui a en partie bâti sa prospérité sur l’exportation de pétrole, envisage ni plus ni moins de stopper les ventes de voitures thermiques dès 2025, et au plus tard en 2030. En Norvège, la voiture électrique représente déjà 29% des ventes d’automobiles. La chambre haute du parlement allemand, le Bundesrat, pose les jalons d’une sortie totale du « thermique » en 2030. Aux Pays-Bas, où les ventes électriques représentent 6% du marché automobile, une partie des députés se sont prononcés pour le bannissement du thermique dès 2025, tandis que la capitale Amsterdam s’apprête à le déclarer non grata dans son centre-ville, dès 2025. Dans tous ces pays, l’horizon de la mobilité électrique se situe quelque part entre 2025 et 2030.

Ruptures à tous les étages

Du côté des constructeurs, Tesla maintient sa position de « disrupteur » du marché. L’entreprise californienne devrait livrer en 2017 les premiers « Modèle 3 ». Le marché aiguise les convoitises et les nouveaux entrants ne manquent pas, favorisant les approches les plus novatrices. Trois exemples. Tout d’abord, un nouveau constructeur californien se lance dans l’aventure de la voiture de luxe électrique : Lucid. Ensuite, une société française, Ian Motion, propose de transformer des véhicules thermiques mythiques en véhicules électriques : même châssis, mais exit le moteur à explosion, remplacé par une solution électrique. Enfin, la Deutsche Post (DHL), devenue constructeur de véhicules utilitaires électriques pour son propre compte, commercialise également plus de la moitié de la production de son StreetScooter auprès de tiers.

Pour la prochaine innovation, levez les yeux au ciel

What’s next ? De fait, la prochaine innovation couve déjà depuis quelques années. Il faut lever les yeux pour bien en cerner les contours : il s’agit du toit. La Toyota Prius embarquait déjà, sur certains de ses toits, une couche de cellules photovoltaïques. Exposée au soleil, la voiture pouvait ainsi trouver l’énergie nécessaire à ventiler l’habitacle, même à l’arrêt. Il y avait à la clé quelques économies d’énergie, du fait d’un moindre recours à la climatisation lors du redémarrage du véhicule. Le constructeur franchit un pas supplémentaire avec son dernier modèle hybride. Une technologie mise au point par Panasonic permet désormais à la Prius d’afficher 180 watts de puissance, de quoi alimenter non seulement le système de ventilation, mais aussi et surtout la batterie du système électrique. Dans les meilleures conditions, 2,9 à 6,1 km d’autonomie sur une journée sont ainsi grapillés pour le véhicule. La performance reste modeste, mais c’est une première, qui mérite donc d’être soulignée.

Tesla en embuscade

Réputé pour sa réactivité, le charismatique fondateur de Tesla, Elon Musk, ne pouvait pas laisser Toyota prendre le large. Interpellé sur Twitter, il a évoqué la possibilité d’incorporer des cellules photovoltaïques dans les futurs toits panoramiques des modèles Tesla. Elon Musk a même évoqué un système de « panneaux solaires » rétractables, afin d’accroître la surface de cellules photovoltaïques.

625 000 m2 de vitrages intelligents

L’incorporation de cellules dans les toits panoramiques prend tout son sens, quand on sait que ces derniers se déploient à grande vitesse, principalement sur les modèles haut de gamme et SUV. Si l’on combine cette tendance avec les prévisions de commercialisation des véhicules électriques, on comprend que le toit panoramique photovoltaïque pourrait devenir un élément majeur de l’automobile de nouvelle génération. « Pour augmenter l’autonomie des véhicules électriques, nous ne sommes plus très loin de l’intégration de cellules photovoltaïques dans les vitrages automobiles », souligne Glass for Europe, l’association professionnelle des acteurs européens du secteur.

Bien entendu, les cellules photovoltaïques peuvent tout à fait se loger dans un pare-brise, une lunette arrière, des vitres latérales. Et ce, dans tous types de véhicules : automobiles, mais aussi camions, tramways, trains, avions… Dans le domaine des transports terrestres, les vitrages intelligents ont, eux, déjà marqué leur territoire. Ces smart windows répondent actuellement à deux préoccupations : le filtrage des rayons solaires afin de protéger les passagers, ainsi que la réduction des consommations liées à la climatisation. Selon les prévisions, 625 000 m2 de vitrages intelligents pourraient être produits en 2020, pour le seul secteur automobile. Ces vitrages incorporeront-ils, un jour prochain, des cellules photovoltaïques ?